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Histoire d'une fin annoncée
Mar 16 Mar - 17:56 par JustMax
Beaucoup s'en doutent depuis un bon moment.
D'autres se le cachaient pour y croire encore.

On a tenté plusieurs manoeuvre de réanimation?
Massage cardiaque, insufflation, et autre tripotage peu courtois.

Rien n'y a fait.

On s'est fait beaucoup de mal ces derniers temps.
Beaucoup de mal a s'acharner.

Le concept de Munuroe avait un potentiel, mais nous, avions nous vraiment la compétence pour …

Commentaires: 0
La chronique du Dr CPJ - C'estPasJust, chronique informative et politiquement incorrect.
Mar 8 Déc - 21:18 par Dr CPJ
Je repensais à ce que quelqu'un nous a dit en claquant la porte. D'ailleurs, un écho s'est glissé par la fenêtre après son départ en haussant les épaules et en dandinant du cul : Nous sommes fragiles et vacillants comme la flamme d'une bougie, trop instables pour qu'on y consacre son énergie créatrice.
C'est difficile de répondre à un écho. ça vient de loin, c'est aussi franc qu'un âne qui …

Commentaires: 3
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 L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.

Message Auteur
MessageSujet: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Jeu 19 Mar - 12:18

Chapitre 2

J'avais fini par y arriver.
Avec la feutrine, dans un premier temps. Pas de réelles difficultés.
Avec la feutrine et le filin ensuite. Plus délicat, mais au final, j'atteignais la cible 4 fois sur 5.
Ce n'était sans doute pas la perfection recherchée par ma compagne redevenue mutique mais je sentais l'ankylose dans les muscles des épaules, la fatigue des articulations... On ferait avec.

L'ambiance était redevenue sinon orageuse, du moins maussade, comme l'annonce d'une averse en fin de journée, ciel bas et nuages noirs. Odeur d'ozone qui nous fait craindre un déferlement liquide brutal...
Alors, j'étais moi aussi resté coi. Sa présence ne me dérangeait plus et je commençais à m'habituer à sa carapace triple couche. Je n'aurais pas du lui poser une question personnelle, vu qu'elle prend ça pour une agression...

Je l'avais quitté en fin d'après midi. J'avais besoin de solitude avant la mission de la nuit.
J'avais, sans me cacher, emballé mes quelques affaires, payé l'aubergiste puis avais fait mine de flâner une dernière fois dans Lonedonne, mon paquetage bien en vue.
Je m'étais dirigé vers l'est, vers les quartiers périphériques, vers la sortie de la ville.
Aux portes d'orient, j'avais pris place dans la file animée des camelots qui quittaient la capitale.
Si d'éventuels guetteurs épiaient mon départ, ils m'avaient forcément vu.
Après 10 lieues sur la route d'Aster, je m'étais arrêté à une relais postal et réservé une chambre.

Et maintenant, j'étais là, dissimulé sous ce porche noirâtre qui dégage des relents d'urine acide, après m'être de nuit et à travers bois (quelle horreur) retapé les 10 lieues, plus le contournement de la ville pour pénétrer dans Lonedonne par la guérite nord, celle qui n'est jamais surveillée vu que le garde, un orc du nom de Jonas, passe ses nuits à goûter aux charmes de sa dulcinée, chandelière de son état.

Bientôt.
Bientôt elle sera là.
Bientôt, je récupérerai le miroir.
Bientôt je ne serai plus là.
Loin des Cartels
Loin de Lonedonne.
loin de Djaya.


Dernière édition par Six le Sam 11 Avr - 11:18, édité 1 fois
Six

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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Ven 20 Mar - 1:27

Il est à l'heure.
Bien.

J'attends avachie sous un porche comme un poivrot endormi, drapée dans une vieille cape crasseuse, un chapeau vissé sur le front. Je l'attends, lui. Et il est d'une remarquable ponctualité...
Le soleil est couché depuis deux heures et les tavernes résonnent de beuglements avinés. C'est le bon moment. Plus tôt ils sont encore dans les rues. Plus tard ils ressortent pour regagner leur chez-eux, la démarche titubante. Mais à cette heure les rues sont presque désertes...

J'ai caché les deux sacs dans la première maison, celle du balcon, à la faveur de la foule de fin d'après-midi. Dedans, deux cordes et le filin, les carreaux, des armes, des crochets. Tout ce qu'il faut. J'ai passé le temps où je l'attendais à repasser encore une fois la liste dans ma tête. Tout est là. Rien ne manque. Il ne manquait plus que lui.

De sous le chapeau je scrute la rue et les fenêtres. Personne. Je me redresse, me débarrasse de la vieille cape, la cache derrière deux poubelles, et le chapeau avec elle. Dessous, une veste cintrée, bleu sombre. Un vêtement de femme. Je l'entraîne d'un signe vers l'extrémité de la ruelle, là où il y a un peu plus de passage. Un geste et je lâche mes cheveux, ils se répandent dans mon dos. Et juste avant de tourner le coin, je glisse mon bras sous son coude, et je lui chuchote, dans un sourire factice, de ne s'étonner de rien.

Toujours suspendue à son bras, je l'emmène par de nombreux tours et détours vers le quartier où ils ont planté leur cachette, vers la première maison. Et je ris, je minaude, je fais la fille, et sous couvert de lui chuchoter de ces mots imbéciles qu'elles disent aux hommes qu'elles veulent mettre dans leur lit, je lui indique les portes ouvertes où ceux du Cartel boivent leurs gains, les rues aveugles où il ne faut pas entrer, les prétendus oisifs qui sont en fait des gardes... Je lui décris le plan...

Nous approchons.
Cette rue est vide, pas de garde, mais des fenêtres à foison... Et là-bas, à ce croisement éclairé d'une lanterne, l'autre rue qui la coupe est celle où s'ouvre la porte de leur repaire.
On nous observe sûrement.
Alors je tire un peu sur son bras pour qu'il se tourne, je me presse contre lui, lève mon visage, et murmure :


C'est ici... La porte bleue... Jouez le jeu...

Je fais mine de regarder autour de nous, soigneusement, de me tourner vers lui, de sourire d'un sourire vorace, ma posture change, épaules tirées en arrière, reins cambrés, provocante.
Une main levée pour toucher sa joue, plonger dans ses cheveux, chercher sa nuque. Dressée sur la pointe des pieds, ployée pour me plaquer contre lui au plus près, je l'attire vers moi, je prends sa bouche d'un baiser pressant, avec un soupir audible, je l'espère, pour ceux qui nous épient.
Voilà ce que nous sommes, Six. Un homme et une femme qui cherchaient l'ombre et un peu d'isolement, qui l'ont trouvé dans cette rue vide. Un homme et une femme qui vont franchir la porte bleue d'une maison vide et abandonnée pour y cacher une heure de passion sordide. Rien d'autre qu'un couple clandestin de plus dans cette ville poisseuse. Rien d'autre. De quoi rire grassement et donner un coup de coude dans la bedaine du collègue de garde en échangeant un clin d'oeil salace. Rien à craindre et rien à redouter.
Joue le jeu, quelques secondes, entraîne-moi derrière cette porte, et refermons-la.
Ensuite, les choses sérieuses pourront commencer.
Djaya

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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Sam 21 Mar - 20:36

Lorsque je l'ai vu arrivée, la taille mise en valeur par cette veste sombre, les cheveux libérés, j'ai deviné ce qu'elle avait en tête.
J'ai donc joué l'homme ravi, affichant une mine un peu niaise de celui qui veut jouer les bravaches en soupirant intérieurement que son rencart ne lui ait pas posé un lapin.

Par contre, j'ai été surpris qu'elle prenne mon bras et chemine ainsi, son épaule contre mon biceps, sa bouche frôlant mon oreille.
Je l'imaginais plutôt fuyant tout contact de chair. Même pour le boulot.
J'enregistre les informations, tentant de ne pas me laisser distraire par la chaleur de son contact ou la fraicheur de son haleine caressant ma joue.

Remarquable comédienne. Seul son regard la trahit, ses yeux qui ne sourient pas, dans lesquels se mélangent les flammes du déplaisir et de la peur....

Après des tours et des détours, elle me chuchote :

C'est ici... La porte bleue... Jouez le jeu...

C'est à la fois très long et très court.
Un siècle et une seconde

Ses seins contre mon torse
Un regard périphérique à travers les paupières mi closes en direction des fenêtres
Ma main sur sa taille, sa main dans mes cheveux
Un pas faussement titubant vers la porte, l'oreille aux aguets...
... de son soupir qui parait si vrai et de ma respiration haletante
Le bois contre mon dos, le battant qui se dérobe
ses lèvres qui se pressent et s'entrouvrent et moi qui la presse...
... la pousse...
refermant le battant....
nous y sommes
Il faut la laisser
Je la lâche. Avant qu'elle ne me repousse, ne me rejette.

Jouer le jeu.... le jeu...

Je me détache, brutalement
Je détourne les yeux
Pas envie, pas capable, de supporter son regard de dégoût.

Nous y sommes.
Six

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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Dim 22 Mar - 14:28

Rapidement je me détourne et rive mon attention sur le matériel caché dans ce vieux coffre vermoulu. Je l'ouvre et en tire l'arbalète, un premier sac, un second, laissant là celui qui contient quelques vivres et de l'éclairage, dont nous n'aurons pas besoin maintenant. Je m'accroupis à côté d'un des sacs et déboucle les sangles, en gardant mon épaule entre mes mains et lui, je ne veux pas qu'il voie la maladresse et les tremblements que je ne parviens pas encore à maîtriser. Je ne veux pas qu'il voie mon visage, non plus, je ne sais pas au juste s'il est mortellement pâle ou rouge cerise, les deux sont plausibles.

Quelques secondes pour reprendre mon souffle, reprendre le contrôle sur moi-même, circonscrire la tempête et la comprimer, l'enfermer à nouveau, bien loin, solidement, là où je peux m'ignorer, l'oublier. Elle se rappellera à moi bien assez tôt. Il faudra bien que je dorme, et elle se libèrera au gré des rêves. Je pressens déjà sa violence. Rien qu'à l'effort que j'ai du déployer pour ignorer toutes les alarmes et rester proche de lui, pire que proche, et la peur ignoble qui me tordait le ventre, cette pensée que je fixais comme une désespérée, c'est une illusion pour les autres, je le sais, il le sait, il n'y a pas de danger, pas de danger, pas de danger. Et la voix de môme qui me hurlait plein la tête, hystérique. La môme tassée dans un angle de mur et qui hurlait à s'en péter la voix devant les grandes ombres qui se faisaient trop proches. J'ai cru que j'allais craquer quand il m'a pris la taille. Me mettre à pleurer et m'enfuir, trouver un coin de mur et m'y tasser. Ca allait encore quand c'étaient mes gestes à moi. Mais les siens...

Les tremblements s'apaisent lentement, trop lentement. J'ai sorti les vêtements gris foncé, les deux paires de chaussons, les ceintures, les deux cagoules (grimace, je déteste ces trucs qui m'empêchent de respirer, autant que possible on ne les utilisera pas, nous verrons), les deux cordes à grappin, puis le filin et les carreaux, tout disposé soigneusement sur le sol et la vieille chaise à côté, avant de me résoudre à me retourner.

Même là je n'arrive pas à regarder son visage.

Je désigne les vêtements sur la chaise, du gris, une étoffe souple et mate, qui prend la forme du corps et ne gêne pas les mouvements, il y a un pantalon, ce ne sera pas nécessaire, celui qu'il porte suffira, mais sa chemise est trop claire.


C'est pour vous. Les ... les chaussons seront peut-être un peu grands...

Hésité, bégayé, dérapé. Eh merde. Je me sens les joues qui s'empourprent. Les cheveux qui me coulent le long des joues n'en masquent pas assez pour masquer ça, ni le fait que j'ai encore le menton qui tremble. Eh merde.

Tension palpable, trop de tension, c'est mauvais, c'est néfaste, ça va tout faire foirer. Trouver quelque chose.


Et avant que vous ne posiez la question, non, c'est pas ma technique habituelle. D'ordinaire c'est l'ivrogne, ou la diversion, mais j'ai un peu trop traîné ici ces derniers temps, il fallait... changer de style.

Pourquoi est-ce que je m'excuse ? C'est pour son miroir qu'on est ici. C'est lui qui a exigé de faire partie de l'expédition. A tout prendre si il m'avait laissé agir seule ça n'aurait pas été nécessaire. Eh merde... j'ai les mains qui remettent ça. Je serre et desserre les poings, lentement.

Je prends l'autre paire de chaussons, l'une des ceintures. Il faut que je le laisse se préparer. Mais... J'attends sa réponse. Quand même. C'est idiot, mais j'en ai besoin.
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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Dim 22 Mar - 15:31

Je reste debout derrière elle, tandis qu'elle déballe tout le matériel, le regard sur son dos, tentant, difficilement, de me concentrer sur la tâche à venir.

Comme je l'avais prévu, elle s'est vite détournée. Mais pourquoi la dégoutté-je autant ?
Ça pourrait me laisser indifférent, ça pourrait m'agacer, voire me mettre en colère...
Mais ça me rend triste.
Ne t'inquiète pas, Djaya, tu n'auras plus longtemps à me supporter...

Toujours silencieux, j'attrape les vêtements. J'ôte rapidement ma chemise, sans discuter, pour enfiler la tunique sombre qu'elle m'a tendue, sans me regarder, tête baissée.
A quoi bon engager la discussion ? Pour me faire envoyer promener ? Je vois bien la colère qui empourpre ses joues sous la grille des cheveux, je vois bien ce tremblement de rage qui la secoue et qu'elle ne parvient pas à maitriser.

Je suis en train de m'approcher de la chaise pour prendre les chaussons quand elle reprend la parole.

Je n'allais pas poser la question...
Mon chuchotement est rauque, ma voix, même basse, vibre trop , varie trop des graves aux aigus.
Écoutez...
Ça peut vous semblez étrange mais....
Je ne vous déconsidère pas.
Vraiment.
Je n'ai jamais pensé une telle chose. Je vous respecte. Vous fais confiance. Et vous admire même. Pour tout ceci.

Geste circulaire sur le matériel, les vêtements, la maison...
La suite, je sais que je devrais pas, mais faut que je me libère :

J'ai bien senti combien ce... "stratagème" vous a couté. J'en suis désolé... Mais dites vous que nous y sommes. Et que tout cela sera bientôt terminé. Et j'ai plus envie de vous féliciter pour ce que vous vous êtes forcé à faire que de vous moquer ou de vous désapprouver.


Voilà, c'est dit....
Je m'assois sur la chaise branlante. A mon tour maintenant d'éviter son regard.
J'enfile les chaussons.

Ça ira. Je suis prêt.
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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Lun 23 Mar - 16:49

La planque, la nuit.
Le sommeil tarde à venir, peut-être est-ce la nouvelle lune qui fait ça. Quand elle disparaît, c’est comme s’il manquait quelque chose à mes nuits. J’aime sa présence, son miroitement mystérieux, son inaccessibilité calculée. Elle semble être à portée de main, mais fait échouer toutes les tentatives de l’atteindre, excepté en pensées.

Je me lève, me dirige vers mon bureau, à tâtons... et voilà que je me souviens pourquoi je dors mal. Pourquoi je me réveille, pourquoi mon esprit s'était focalisé sur la vision de la lune pour éviter de donner tout de suite trop d'importance à l'ouïe. Un bruit strident retentit et résonne dans la planque vide. Des aigus, des plaintes, des appels à l'aide... et à boire.
Ce bambin tombé du ciel dans la journée, et qui m'inflige ma première nuit. Je n'ai pas dit nuit de sommeil, remarquez. C'est plutôt l'inverse. Une nuit pleine d'éveil, entrecoupée ça et là de quelques instants de répit et d'échappement dans les rêves.
C'est qu'il sait se faire entendre, quand il veut! Et dans ces cas-là, même en plaquant mon feutre sur les oreilles (plumes à l'intérieur, c'est censé être encore meilleur contre les bruits) je ne peux m'empêcher de l'entendre. Alors je me lève, me rend compte qu'il voulait peut-être à boire. Ou peut-être qu'il se sentait humide. Ou peut-être qu'il avait juste besoin de contact. Et quand je retourne me coucher... c'est le silence qui pèse. Je laisse mon chapeau loin, je tend l'oreille, espère entendre ne serait-ce que la respiration régulière, quoique un peu chuintante, du nouveau-né. C'est l'attente, et un peu de nervosité, plus que le bruit, qui me tient alors éveillé, et qui s'arrête parfois aussi vite qu'il n'a commencé.
La veille au soir, j'ai envoyé les Gascons en mission expresse. Retrouver la mère, si possible. Et une nounou, sinon. Enfin quelque chose pour aider quoi...

Plus de bruit soudain. Pas même celle de ma respiration, que je retiens pour contempler le silence. Je me tiens sur une latte de parquet qui ne grince pas.
Je profite un moment de cette absence de bruit que je pensais n'être que le contraste avec la rue de LoneDonne, et les mille signaux sonores, naturels et artificiels, qui s’entassent dans la ville comme des ordures. Un moment qui dure le temps d’une apnée. La mienne. Je sais que bientôt lui reprendra aussi, et laissera la clameur LoneDonnienne un bon nombre de decibels plus bas.
J’expire, et reprends mon mouvement. Le parquet émet cette petite plainte, aigüe mais encore discrète, en ployant sous mon poids. Le froissement de mes vêtements les uns contre les autres ajoute une note continue, plus grave. Et mes doigts sur le tablier de mon bureau ne peuvent s’empêcher un léger pianotage, quelques coups sourds et étouffés. Je contourne le bureau, laissant ma main se balader sur les objets qui l’encombrent.
Des parchemins, j’en connais par cœur le contenu.
Une plume et un encrier, pour quand les paroles s’envolent.
Une dague, pas la plus affilée, ni la plus pratique, mais une partie du personnage, sa présence rappelant en permanence à mes interlocuteurs que la mort n’est qu’à un mouvement près, si je le décide.
Une cassette, fermement vissée à la table, fermée à clef, où je garde la menue monnaie, les biftons du jour-à-jour, de quoi ne pas avoir besoin de visiter trop souvent les caches où je garde mes fonds.
Un coffret peu habituel… Ah oui, la cassette de Suint pour sauver sa peau.
Et juste derrière, encore plus inhabituel dans ce bureau de chef de gang, un couffin.
Les mouvements désordonnés de son contenu me font un instant me demander... Du temps ou nous n'étions que des animaux, comment donc les petits de zumin faisaient-ils pour survivre? Sans cette attention constante qu'il faut leur consacrer, sans cette disposition à leur donner à boire alors qu'ils n'iraient même pas ramper pour se servir tout seul si une choppe de lait frais était à moins d'un mètre, sans la protection de tous les instants pour éviter l'attaque d'un prédateur...

Je n'ai qu'un pichet de lait, là. Je ne suis pas bien religieux, mais aujourd'hui, je prie. Je prie pour que cette boisson soit ce dont il a besoin maintenant, et qu'elle lui soit suffisante.
Là, petit bout, un peu de lait.
Pas trop vite que diantre, tu vas t'étouffer tout seul!
Quelques gouttes de plus, pour faire bonne mesure. Et qui dine dort, hein mon gars? Alors maintenant retour à la case calme, hein?

Un répit.
Il s'est tu, comme si parfois il acceptait de suivre mes conseils.
Il a refermé les yeux, promesses que peut-être les prochaines heures seront calmes, aussi.

Mes mains reviennent sur la table, pour terminer leur inspection tactile.
Une flasque métallique, avec ma réserve locale d’eau de vie. Je la dérobe au bureau, elle tombe bien.
En face du bureau, dans un coin en retrait, un large fauteuil, avec vue sur le môme. Parfait, juste de quoi siroter un petit remontant pendant que je rumine mes pensées. Peut-être que cette fois-ci, le sommeil viendra au fond de ce fauteuil, avec un peu d’aide spiritueuse, si lui, là, qui commande désormais à mon existence, le décide ainsi...
Sire Anno

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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Mar 24 Mar - 0:50

Je ne sais pas au juste si je craignais ou si j'espérais ce genre de réponse...
Est-ce que j'aurais préféré qu'il ne se rende pas compte à quel point sa proximité m'était difficile à supporter ? Est-ce que j'espérais cacher à quel point ce que n'importe quelle fille trouverait agréable, moi ça me hérisse la peau et me fout des sueurs froides ? Est-ce que je voulais faire illusion ?...
Et quelle importance ?

Tout est plus difficile que prévu.
Mon détachement s'effiloche et tout me touche de trop près. La rigueur m'est un carcan tout autant qu'un refuge. Je perds la clarté de mon jugement. Et je ne comprends pas pourquoi. Ce n'est pourtant pas la première fois, et de loin que je travaille "sous contrat". Pourquoi cette fois-ci est-elle différente ?
Parce que c'est une question de sentiments plutôt que de lucre, pour lui ?
Qui paierait cher une professionnelle, pour reprendre un simple objet sans valeur aux mains d'un des gangs les plus dangereux de la ville ?
Qui insisterait pour participer ?
Mais qui est ce type et en quoi est-il radicalement différent de tout ce que je connais ?

Je suis restée plantée comme une idiote pendant qu'il s'équipait, et du coup c'est moi qu'il va falloir attendre.
Imbécile.


Désolée. Ca ne prendra qu'une minute.

Je jure en silence et me traite d'à peu près tous les noms qui riment avec inutile, crétine et stupide. Je me débarrasse presto de ma longue veste et la dépose dans le coffre. Je porte déjà la même étoffe que je lui ai fournie, cette maille souple et sombre. Les bottes vont rejoindre la veste et je chausse mes propres chaussons, que je lace soigneusement en vérifiant qu'ils s'entravent pas ma cheville. Puis je ramasse mes cheveux et les natte serré. Le ceinturon que je ferme autour de ma taille porte un rouleau de cuir contenant des crochets, une sorte d'aumônière en cuir également, comportant plusieurs poches de velours épais, de toutes tailles. Il n'est pas bon d'entendre cliqueter son butin... Deux autres sangles et je plaque un long poignard à ma cuisse, dans une gaine souple.
Pas de gants, je déteste.
Et la cagoule, seulement s'il le faut. Ca m'étouffe.
Il reste la longue épingle d'acier noirci que je glisse dans ma tresse enroulée. Double utilité... Retenir la natte, et servir d'arme improvisée, celle à laquelle personne ne pense jamais...

Je lui tend le second ceinturon, qui porte les mêmes outils que le mien. On ne sait jamais... Puis je choisis le contenu des deux sacs, les cordes à grappin et quelques carreaux dans le mien, plus quelques menus objets qui ne serviront probablement pas mais que je préfère avoir avec moi. Le filin et les autres carreaux, feutrés ou non, dans l'autre, plus deux dagues.


Voilà.
Allons-y.
A vous l'arbalète et le petit sac. L'autre est pour moi. Serrez bien les sangles.


Pendant qu'il finit de s'équiper je fourre dans le coffre toute trace de notre passage. Il reste la poussière remuée, mais ça on n'y peut rien...

Quelques instants plus tard je le guide à travers les couloirs silencieux, les escaliers et les greniers aux planchers grinçants, par les ombres des toits sous le ciel chargé de nuées masquant la lune... Nous gagnons le premier balcon en moins de cinq minutes, c'est tellement facile une fois que le chemin est connu, aussi tortueux soit-il... Le premier grappin va s'enrouler, docile, autour de la perche de chargement, et nous traversons la rue vingt mètres au-dessus des pavés, comme deux insectes véloces... Arrivés de l'autre côté, je me tasse de côté pour le laisser entrer dans le grenier, et retire la corde. On ne sait jamais qu'un fâcheux viendrait à lever les yeux au ciel et l'apercevrait... Elle nous attendra enroulée, prête à être lancée à nouveau vers le balcon, de l'autre côté.

La progression reprend, il fait sombre, et le silence est lourd. Le moindre craquement prend des allures de catastrophe, alors même qu'on ne l'entend plus à dix pas. J'ai le coeur qui cogne lourdement contre mes côtes, le sang qui bat aux tempes. La peur, la tension, l'excitation. Comme un trac de comédien, paraît-il. Sauf qu'un comédien joue rarement sa vie...

Voilà la fenêtre, la dernière. Je fais signe à Six que nous y sommes, qu'il faut à présent être extrêmement prudent. Je soulève la vitre crasseuse et son cadre rouillé, passe la tête à l'extérieur.
Pas de lumière.
Mais la fenêtre est ouverte.
J'appelle Six du geste, lui désigne l'objectif. Puis, toujours en silence, je lui montre là-bas sa cible à lui. La cheminée et ses décorations de fer forgé. Un doigt su la bouche, mais ce n'est pas nécessaire. La fenêtre entièrement rabattue, je me coule au-dehors comme un serpent, cherche immédiatement l'abri de la cheminée proche.
Je tends les mains.
Pour lui, ou pour l'arbalète.
Le temps presse.
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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Sam 28 Mar - 15:43

Nous touchons au but. Une poignée de minutes et ce sera fini.
Je lui tends l'arbalète et profite qu'elle se retourne pour la poser pour me glisser sans aide par la fenêtre. Autant éviter un contact qui lui est si désagréable.

Tapi derrière la cheminée, mon regard circule de la fenêtre en face, bouche sombre et vorace à la dentelle métallique de la cheminée.
A mes côtés, à quelques millimètres, ma voleuse dont je devine plus que je n'entends réellement la respiration légèrement heurtée.

Je me sens fébrile, les tempes comme dans un étau, un âcre goût de sang dans la bouche. Et je sais que ce n'est pas uniquement le stress, la conscience du danger...

Sans regarder, à tâtons, je dispose 3 carreaux devant mes genoux.
J'accroche le filin au premier.
Je saisis l'arbalète, l'arme.
Sans la regarder.
La cheminée...
Ni elle...
Yeux clos, pour sentir le bois, le métal, mon souffle qui va et vient.
Le carreau est en place.
C'est le moment.

Je cherche son regard. Je lui adresse un pâle sourire qu'elle ne doit sans doute pas voir, excuses et remerciements mêlés.
Un genou sur le toit, à 3/4 dissimulé derrière la cheminée. Le coude sur le genou, les yeux sur la décoration crochue de fer rouillé.
Inspiration pendant que je vise.
Air au fond de mes poumons.
Le doigt sur la détente, comme une caresse, comme une supplique.
Le trait comme un soupir et je sais que j'ai raté...
La respiration toujours bloquée, les nerfs à vif, l'oreille tendue....
Le trait enveloppé de feutrine cogne l'anneau métallique.
Je crois deviner plus que j'entends réellement un chuintement sourd.
Il glisse sans un bruit le long de la pente du toit.

Je ne la regarde plus. Si je la regarde, je sais que je n'y arriverai jamais.
je sens son corps tendu près du mien, le léger halètement quand elle a vu le carreau cogner la cheminée. Tension presque sexuelle.

On attend.
Je tire un coup sec sur le filin, l'enroule rapidement autour de mon bras, les yeux rivés sur la fenêtre d'en face, ouverte et obscure.
Rien.


Second carreau, Accrocher le filin
Le placer.
Armer
Viser
Ne plus penser.
Crispation brusque sur la gâchette de métal.
Comme guidé par mes pensées, le carreau traverse l'anneau avant de se perdre de l'autre côté du toit.
Sans un bruit.
Je tire sur la corde jusqu'à ce que le carreau réapparaisse et se coince.
Une traction, une autre plus brutale, autant pour vérifier l'attache que pour libérer le surplus de tension.

Maintenant, je me tourne vers elle.
les yeux qui brillent, ses lèvres qu'elle mordille sans s'en rendre compte.
L'excitation partagée.
Je souris, maintenant, dissimulé, tandis que j'accroche la corde à la cheminée.
C'est à elle maintenant.
Elle se lève.
Je pose ma main sur son bras.
Tant pis
Je devine sa surprise, je sens sa crispation quand elle se tourne vers moi.
Fais attention.
J'ai articulé sans parler.
Je me détourne, bêtement gêné.
Six

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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Mar 31 Mar - 0:46

Le bruit ténu du carreau qui heurte le métal, c'est comme un gong immense qui résonnerait tout au long de mes os. Presque douloureux. Echo qui ondule dans mon sang, qui répète raté, raté, raté. J'ai serré les dents. Pour ne pas gémir de dépit. Trop de tension, trop, beaucoup trop...

Il ramène le filin, je ne respire pas, tant qu'il n'en a pas à nouveau fixé l'extrémité à un autre carreau. Inspiration brève comme il met le carreau en place. Je ressens ses mouvements, je ne les vois pas, je fixe la cheminée en face, la fenêtre obscure, je scrute la nuit et le silence à peine rompu par nos respirations et le froissement de ses vêtements.

Le carreau part.
Traverse une boucle de métal.
Retombe au-delà, sans un bruit.
Il tire sur le filin, l'assure, le teste.
J'expire lentement.
Un long souffle qui tremble.

J'observe ses mains alors qu'il noue le filin de notre côté de la rue, remonte jusqu'à son visage voilé d'ombres. Il sourit, et ses yeux sombres brillent comme des escarboucles. Je me redresse lentement. A moi...

Contact léger, et je baisse le regard vers lui à nouveau. Surprise... Sa main posée sur mon bras, et le message silencieux lu sur les lèvres. Une seconde immobile, à goûter l'étrange sentiment que ça me procure de savoir que quelqu'un me demande la prudence. De savoir que quelqu'un s'inquiètera. Pour moi.
C'est plus arrivé depuis plus de quinze ans...
Ca fait drôle, sous le sternum...
Un vide, un creux.
Mais chaud.

Je hoche la tête, à peine.
Je souris, à peine.
Puis je contourne la cheminée.

Souplesse, fluidité, lenteur calculée. Aucun geste brusque, aucun mouvement interrompu, la juste mesure, ni plus ni moins, de l'énergie qu'il faut, traverser l'air comme certains plongeurs traversent la surface de l'eau, sans une éclaboussure. L'image dans la tête de ce chat couleur de cendre qui rôdait dans le jardin, silencieux comme un souffle, léger comme un nuage... Moi aussi, grise, légère, impalpable...
Le filin au creux d'un genou, je me hale vers l'autre côté, une main après l'autre, dans un mouvement continu, sans heurts. La rue sous moi est déserte, la lune se cache derrière les nuages qui filent... les secondes filent. Quand je pose le pied sur le toit, je sais qu'il y a un peu plus de dix minutes que nous avons refermé la porte bleue. Il faut faire vite.

La corniche est étroite, j'y progresse genoux fléchis, mains posées sur le toit en pente, un pied une main une main un pied, toujours trois appuis, ça glisse, et les corniches sont fragiles, pas trop de poids... Je suis à l'aplomb de la fenêtre, genou sur les tuiles, je dégage mon sac d'un coup d'épaule, en sors la petite corde et le second grappin. Barreaux métalliques croisés devant l'appui d'une fenêtre mansardée condamnée par des planches... Je laisse pendre la corde par-dessus le rebord. M'asseoir, puis pivoter, et me laisser descendre...

La fenêtre ouverte, le rideau qui ondule mollement.
Je me pose sur le rebord, comme le chat gris, sans peur. Pointes de pieds, genoux pliés, une main sur la pierre.
Je plonge les regards dans l'ombre épaisse de la pièce, pour y habituer mes yeux, tend l'oreille au silence...
...
Une respiration.
Deux.
...
Si rapide...
Un animal ?

Je plisse les paupières...
Il faut que je sache.

Hésiter c'est perdre la main.
Brusque souffle de brise nocturne qui agite les étoffes à la fenêtre, sourde rumeur du vent.
Je me coule dans l'ombre par derrière la tenture, plaquée au mur.
Et j'attends.
Tout mon être braqué sur le son.
Deux souffles.
Plus le mien, retenu.
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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Mar 31 Mar - 16:30

Cet état si particulier à la frontière du sommeil et de l'éveil.
Comme quand on regarde, mais les yeux déjà fermés.
Comme quand on rêve, mais que les images se superposent à la réalité.

Les premières vapeurs d'alcool se sont évaporées, et m'ont offert un petit moment de repos bien mérité. Le sommeil qui s'efforçait de faire perdre totalement pied à mon esprit.

Et mon esprit qui continuait de se débattre, lentement, lourdement. Se laisser dormir profondément, ce serait ne plus garder un oeil sur lui. Ce serait aussi se forcer à un réveil brutal si - et quand - il se réveille bruyamment.

La pièce est obscure. Il faut l'habitude de la pénombre pour distinguer les contours. Ceux du panier dans lequel repose le bambin, je n'ai plus besoin de les chercher, plus besoin de regarder à côté pour mieux les voir, je sais où ils sont, et je sais que tant qu'ils ne bougent pas, tout va bien.
Vers la fenêtre, un peu plus de lumière, en contre-jour. La faible lune, ou les nuages, dispensent une luminosité faible mais toujours supérieure à la pièce fermée. Parfois, des variations devant le rideau, comme un nuage un peu plus sombre passant devant la lune. Ou l'esprit qui joue des tours, déjà.

Est-ce un rêve, là? Etre assis dans ce fauteuil, caressant des yeux la silhouette de ce bébé tombé du ciel, en imaginant déjà le voir grandir, jouer au père et au maître, lui apprendre toutes les secrets de LoneDonne et les ficelles du métier. Il me rendra fier, plus tard, ou il ne sera pas...
Sire Anno

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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Mer 1 Avr - 5:05

Elle vient juste de s'agripper au filin que déjà débute l'attente.
Et l'inquiétude.
Il faut qu'elle disparaisse à ma vue, avalée, gobée par la bouche sombre de la fenêtre pour que je me rende compte que l'objet de cette inquiétude est cette fille rousse et pas mon miroir.

Mais je ne peux rien faire.

Alors, pour m'occuper les mains, derrière ma cheminée, tapi, à 3o mètres de cette fenêtre obscure, je défais la feutrine de quelques carreaux et arme l'arbalète avec l'un deux.

Au cas où.
Et j'attends.
Six

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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Jeu 2 Avr - 9:27

Tout est calme.
Deux respirations, par là, même direction, une ample et forte, une légère et rapide. Comme la respiration d'un petit chien. Aucun mouvement.

Très lentement, je me glisse de derrière la tenture, et détaille la pièce, le grand lit sombre, le bureau et ce qui l'encombre, le fauteuil et l'homme endormi. Sire Anno. Même de face il est plutôt immanquable... Je ne l'avais jamais vu d'aussi près... Je vois mal les traits de son visage et...

... et je ne suis pas là pour observer les grands de ce monde en profitant de leur sommeil.

Sur le bureau, deux coffres, et je reconnais immédiatement le plus petit des deux, d'après les croquis de Six. Le coffre aux objets volés, le coffre au miroir... Ma cible. A deux pas de moi, à trois pas de mon adversaire endormi...

Lentement, longuement, j'inspire pour me détendre, je relâche l'air par ma bouche entrouverte, je fais jouer mes doigts. Il est temps. Dressée sur la pointe des pieds (ça donne une drôle de démarche mais je ne sais pas, je contrôle mieux le bruit que je fais quand je me la joue petit rat d'hôtel de l'opéra...) j'avance vers le bureau, je détaille ce qui y traîne. Une arme. Quelques papiers. Une lourde cassette au verrou massif. Le coffret. Tourné vers l'autre côté. Il me faut le faire pivoter ou contourner moi-même le meuble. M'approcher de l'homme.
Décider, vite.
Je contourne.
Plus silencieux.

Comme je contourne le bureau je trouve l'origine du second souffle. Un couffin est posé par terre, immobile, un bout de couverture de laine s'en échappe.
On ne couvre pas un petit chien.
C'est un bébé.

Un temps d'arrêt, un regard perplexe vers Sire Anno.
Un bébé, lui ?
S'occuper d'un tout-petit, quand on est chef de gang ?
Ca donne un drôle d'éclairage à son portrait...

Merde, Djaya, concentre-toi.

Le coffre.
Il est ouvert.
Les charnières cèdent sans un bruit. Bien.
Dedans, l'éclat sombre de l'or, le reflet de joyaux aux couleurs noyées par la pénombre.
Et les volutes d'argent du bord d'un miroir à main.
Victoire.

...
Doucement, Djaya...
L'oeil sur l'homme endormi, dégager le miroir, lentement, des pierres qui sont posées dessus... et qui se logent docilement dans le sac à ma ceinture. La grande poche suffira, pour le miroir, même si la poignée dépasse un peu...
Voilà...
Encore ces deux-là...
Je l'ai.
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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Jeu 2 Avr - 16:18

sssSSSsccchrrrrtttcccccccchhhhhhhh...


...

Les brumes du rêve... ou de la réalité?

Les ombres qui bougent, qui prennent forme humaine.
Je ne vois qu'une silhouette, en partie découpée sur la clarté de l'extérieur, tamisée par le rideau.
Il me faut un instant pour me convaincre que c'est plus que mon esprit qui me joue des tours.
Presque abasourdi, je n'ai pas encore réagi. Pas même bougé le petit doigt, pas même quitté cet état tranquille où la respiration monotone est hypnotique.

Une silhouette, un intrus, dans mon bureau. De l'autre côté, près de la fenêtre. Qui scrute et se glisse.
Après quoi en a-t-il donc?
Il tourne autour du bureau, se penche...
J'espérais qu'il ne ferait pas ça.
J'espérais qu'il viendrait s'en prendre à moi, que ce soit un assassin téméraire mais fou, de venir jusqu'ici pour m'atteindre.
J'espérais... qu'il vienne s'attaquer à ma force, alors qu'il a quasiment dans sa main - au bout de sa dague? - ce qui doit être ma plus grande faiblesse.

C'est là où tu te fourres le doigts dans l'oeil, mon malin. Tu es chez moi, c'est moi qui décide quel sera le terrain de jeu, et là, j'ai plutôt envie de te mettre mon poing en travers de la figure, plutôt que de te laisser faire un mouvement de plus.

Mais assis trop confortablement dans mon fauteuil, dans une pose plus propice à la somnolence qu'à l'attaque de front, j'ai besoin de temps. Besoin d'une distraction, quelque chose qui ramène son attention sur moi, plutôt que sur sa cible.

La petite table à côté du fauteuil, il y a tout ce dont j'ai besoin, rien qu'un petit mouvement de la main, et...

Une allumette grattée sur le bois rêche de la table. Un bruit de déchirement embrasé, et la bougie à côté qui prend vie, tout d'un coup, projetant sa lumière et ses ombres sur toute la pièce.
Détourner son attention, le faire regarder par ici, le faire s'éblouir suffisamment de la lumière directe et soudaine, pour me donner les petites secondes qu'il me faut pour me projeter hors du fauteuil, vers lui.

La lumière soudaine.
C'est plus que sa silhouette que je distingue maintenant, fine, svelte, trop...
Le flash de l'allumette a comme inscrit son visage dans ma rétine.
Les pourtours roux.
Les traits gracieux.
Le regard mi-pris au dépourvu, mi-déjà calculateur de la riposte.

Je l'ai déjà vu.
Je ne l'oublierai plus jamais, ce visage.
Sire Anno

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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Jeu 2 Avr - 22:41

Comment j'ai pu rater ça ?
Il s'est éveillé.
D'habitude ça s'entend au souffle mais là j'ai loupé le changement, pour peu qu'il y ait du changement, il simulait peut-être mais non, non, c'était bien le souffle d'un endormi !

Il me scrute.
M'observe.
Me fixe dans sa mémoire.
Je le vois mal, éblouie, mais je le sais, à son immobilité.
Mais ça ne durera pas.
L'immobilité.
Son souvenir, oui.
Eh merde.

Je tiens le miroir, pas besoin de moisir ici.
Pirouette, appui de la main libre sur le coin du bureau pour le contourner d'un seul bond, deux pas rapide et je suis à la fenêtre.
Le temps s'est accéléré, les secondes sont lourdes, et mon souffle précipité. Je sais qu'il bouge derrière moi mais je ne prends pas le temps de regarder, c'est l'erreur stupide, regarder, ça paralyse et ça fait perdre la concentration. Je sais, c'est suffisant, et je sais aussi qu'il a le bureau à contourner et qu'il dormait et qu'il est plus lourd et sûrement moins véloce que moi.
Sauter sur l'appui de fenêtre en glissant le miroir entre mes dents, pas le temps de le ranger dans la sacoche et de fermer le rabat, j'ai deux secondes d'avance sur lui, c'est très peu. La corde, tout de suite, d'une détente je la saisis le plus haut possible et je grimpe, genoux repliés contre le mur pour mettre mes jambes hors de sa portée.
Pourvu que le sommeil qui colle encore aux semelles...
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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Ven 3 Avr - 14:14

J'aurai dû m'en douter, elle ne m'a pas attendu.

L'impulsion était bonne, l'effet de surprise réussi, la trajectoire presque prévue au millimètre...
Mais elle était bien réveillée, elle, en train de faire consciemment un boulot dangereux, le réflexe à fleur de peau.
Il s'en est fallu de peu que je frappe son pied et la déséquilibre, quand elle a sauté par dessus le bureau.
Mais avec le bureau entre moi et elle, qui me coupe mon élan alors qu'elle se glisse déjà dans l'embrasure de la fenêtre, je sais que j'ai loupé la chance.
Mais pas la dernière.
Il ne faut qu'un tournemain pour attraper la dague sur la table, et dans un même mouvement l'envoyer tournoyer rageusement à travers la fenêtre. Pas vraiment maladroit d'habitude, avec une dague de lancer, mais celle-ci n'est pas faite pour ça, et la fureur n'a jamais aidé à la précision, ça se saurait.

...

La dernière chance, mais est-ce que ça importait vraiment?
Elle n'a pu me voler que quelques babioles, l'important est encore ici. En sécurité, si je me risque pas à la poursuivre, alors que je suis seul dans la planque à part le gosse. Par réflexe, je remets la main sur mon sabre, posé alors que je dormais. La fenêtre sera murée au matin, tant pis pour la vue sur la lune pendant mes heures d'insomnie, et je referai au plus tôt une réévaluation de la sécurité de la planque...
Que quelques babioles... Heureusement... Mais déjà trop.
Son nom déjà? La rousse... Djaya. Je ne l'avais encore jamais vue sous cet angle-là, mais elle vient de se faire un bel ennemi.

Avec l'adrénaline qui redescend, le pouls qui revient à la normale, je repasse la scène dans mon esprit.
Elle n'en avait pas après lui, finalement, avec la lumière, il est clair qu'elle était plus intéressée par le bureau que par le couffin à son pied.
Elle n'a pas cherché longtemps ce qu'elle voulait, d'ailleurs, elle semble être allé droit au but. Bien préparé, loin d'un vol d'opportuniste... ou d'amateur, en l'occurrence.
Le bureau, j'y jette un coup d'oeil, tout y est en place, sauf... le coffret ouvert, allégé de son contenu. Et bien les Gascons n'auront pas leur bonus demain, ce sera pain sec!
Que des pierres alors? Pourquoi venir ici pour...
... Oh, mais attend, ce reflet argenté quand elle a sauté par dessus le bureau, pas une pierre précieuse, ça.
Qu'est-ce qu'il y avait d'autre dans ce coffret? le... le miroir?
Elle est plus coquette que ce qu'elle semble, ou alors bien mauvais juge de la valeur marchande de la chose.
Ou alors...
Suint, mon ami, tu vas avoir une nouvelle visite des Gascons à l'aurore, et ce sera la dernière fois que tu me seras utile.
Sire Anno

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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Ven 3 Avr - 23:33

Presque.
Ca s'est joué à presque rien.
Une fraction de seconde et je prenais la dague dans le ventre ou dans l'aine. Là, elle m'a filé le long de la cuisse, ça saigne mais c'est superficiel... je crois.
Vite.
Il pourrait me suivre, ou s'armer et me tirer dessus depuis sa fenêtre, il faut qu'on foute le camps d'ici, fissa, dans trois minutes on doit être sur le plancher des taurens, et dans six minutes à dix rues d'ici, et dans moins d'une demi-heure, hors de la ville. Il m'a vue, en plein. Pas question de rester. Et il va aussi se rendre compte que j'ai laissé une fortune dans ce coffret, que j'ai juste piqué une poignée de gemmes, tous les biftons sont encore là, tous les objets précieux. Mais pas ce miroir qui ne vaut rien. Donc il va questionner. Et le ratling lui dira. Il lui dira pour Six, puisqu'il nous avait repérés. Une demi-heure, et on doit être loin.

Tout ça me tourne dans la tête comme je regagne la corniche, comme je cavale le long du toit en fourrant le miroir dans ma sacoche et en la fermant à la va-vite, sans plus me soucier de discrétion, de précautions. Je m'élance le long du filin, mauvaise jambe, je change d'une torsion et d'un élan du corps, en jurant entre mes dents parce que si ça me gêne c'est que c'est plus profond que je ne le croyais. L'autre toit, mes deux pieds sur les ardoises, et d'un coup de dague rapide je tranche le filin.

Il me fixe, je croise ses yeux pleins de questions, une fraction de seconde, mais je ne soutiens pas son regard, furieuse de mon échec, honteuse qu'il le voie, furieuse de cette honte parce que je ne la comprends pas, ou que je la comprends trop bien, chier, pas le moment pour la gamberge, il faut vider les lieux.


Je l'ai.
Mais il m'a vue.
Tirons-nous presto...


Dans un murmure haletant, pressant, alors que je me glisse par la fenêtre restée ouverte, un dernier regard vers l'autre fenêtre, celle de Sire Anno.
Son regard implacable.
Frisson.
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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Lun 6 Avr - 7:24

Ca n'a duré que quelques minutes mais ça m'a semblé une éternité.
Le silence tout d'abord, poisseux, pesant.
Puis des bruits sourds de course, de meubles heurtés.
Et sa silhouette qui surgit brusquement à la fenêtre, qui glisse le long du filin, qui est près de moi enfin.

Je la regarde pendant qu'elle me parle, son regard fuyant, ses traits crispés.
Merde....

On n'a pas le temps de discuter.
On s'élance, trajet inverse, toits et tuiles, avant de retrouver nos sacs.
Elle boite. Elle le cache mais je l'ai vu. Mais ça ne l'empêche pas de marcher.
Pas de hurlements lors de notre fuite, pas de cavalcades épicée de jurons.
On ne nous poursuit pas.
Du moins pas maintenant.
Mai dès que Suint aura parlé... J'aurais du éliminer cette petite frappe...

Elle ne parle pas, elle m'indique les raccourcis d'un geste du bras ou d'un mouvement de tête.
Je devine qu'elle s'en veut.
Mais je n'ai pas le temps de la rassurer.
Plus tard.

A l'auberge.
J'ai murmuré, lors d'une halte sous un porche obscur, son corps contre le mien.
Elle a acquiescé, teint pâle dans la nuit obscure.
Sa blessure... Ça aussi on s'en occupera. Mais plus tard. Hors de Lonedonne.

On quittela capitale, ombres fuyantes, par la poterne nord.
Les bois, le frôlement humide des fougères sur nos jambes. Le relais enfin.
La chambre.

Assis toi. Que je regarde cette blessure.
Je la vois, elle va protester, me regarder d'un air buté et ça va dégénérer car comme elle se sent fautive, elle va en devenir agressive.
Et on va se crêper le chignon.
Alors je désamorce tout de suite.
Non. Tu obéis.
Ca a foiré. Oui. On s'est mis à dos les cartels de Gascogne.
Mais tu n'y es pour rien. J'ai beau passé et repassé l'opération dans ma tête, je ne vis pas ce que tu aurais pu faire de mieux. Donc, pas de remords, pas d'excuses. C'est ainsi, on ne peut pas toujours gagner sur tous les plans...

Six, tu n'est qu'un sale petit enfoiré égoïste... T'as ton miroir, tu vas retrouver Aster et ta jonque. Opération 100% réussie pour toi, hein ? Mais elle ? A cause de toi, elle est obligée de quitter sa ville. Tu lui as ruiné sa vie...

D'un ton plus doux :
S'il te plait.
Assis toi.
On n'a pas beaucoup de temps et je voudrais regarder ta jambe. Il y a une trotte jusqu'à Aster et tu risques d'aggraver cette blessure sur la route.


A quoi penses tu exactement, Six ?
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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Mer 8 Avr - 15:34

La fuite…
Deux rats qui détalent dans la nuit, deux insectes.
Ce n’est pas comme ça que je voyais ce moment.
Fuir, oui, évidemment, mais fuir, avec aux oreilles le bruit des jurons et des appels, les pas qui se précipitent, et nous, jouant les ombres, le cœur dans les oreilles et le pied léger. Ici… il n’a même pas lancé ses hommes à nos trousses. Ce larçin n’est rien, ça n’en vaut pas la peine…
Oui, ça me soulage.
Mais ça me vexe aussi…
Même si j’aurais été incapable de courir longtemps comme de sauter des murs ou de grimper… ça m’inquiète. Ce n’est pourtant qu’une estafilade, mais ma jambe est engourdie, mes chausses poissées de sang, ma botte trempée. Ca allait sans trop de problème, c’était juste une gêne alors que nous redescendions dans la première maison, celle à la porte bleue… Abandonner nos sacs, nos chaussons, reprendre notre apparence, ressortir en emportant l’autre sac, celui avec les vivres, les armes. Filer par la rue vide, nous perdre dans le dédale sombre de LoneDonne. En passant un mur au fond d’une impasse, j’ai senti la douleur se faire plus vive, brusquement, le sang se remettre à couler. Je n’ai rien dit mais il sait, son regard inquiet, la fréquence avec laquelle il se retourne, le bras qu’il glisse sous mon coude, sans me demander mon avis. Je ne proteste pas.
A la poterne nord j’ai déjà la tête qui tourne.
Dans l’obscurité des bois je trébuche, plusieurs fois, et à chaque fois je traîne un peu plus la patte en repartant.
J’ai froid.

Je connaissais ce relais mais je ne savais pas qu’il y avait réservé une chambre.
Même pas la force de dire un mot, pourtant j’apprécie ce genre de prévoyance…
Je le suis, sans protester, sans réagir. Amorphe.

Mais je ne veux pas qu’il regarde ma jambe. La blessure est trop haut. Je préfère le faire moi-même. Mais j’ai même pas le temps de lui dire qu’il me cloue le bec avec ses mots. Durs. Moins durs ensuite. Je ne sais pas lesquels me font courber l’échine. Ou si c’est juste le poids de l’épuisement. Ou l’inquiétude. Parce que c’est plus grave que je ne le croyais…

D’accord…
D’accord mais retourne-toi.


Laisser tomber la veste, trop lourde…
Oter les bottes, oh merde, gorgée de sang, tout ce sang…
Réfléchir… Couper la jambe du pantalon ? Faudra quand même que j’en change, il est foutu. Et puis couper si haut… Autant laisser tomber. La pudibonderie, et le pantalon… Ma tunique est assez longue de toute façon.
L’étoffe colle sur la plaie, je grimace, me mords les lèvres, et à peine la peau dénudée, le sang se remet à sourdre de la blessure.
La blessure aux lèvres blafardes, malsaine, beaucoup plus profonde que je ne le croyais.
Elle devait être fameusement aiguisée, sa dague, pour que je ne sente presque rien…

Tête qui tourne.
Je m’assieds, vacillante.


Tu peux revenir.
Mais je te préviens, c’est moche…

Il y a de l’eau dans la cruche ?


Pour nettoyer.
Et parce que je crève de soif.

Au fait, c’est quand au juste qu’on est passés au tu ?
Je viens seulement de m’en rendre compte.
Sans doute au moment où j'ai oublié que je pouvais avoir une destination différente de la sienne.
Tout simplement parce que c'était devenu... inévitable.
Evident.
Juste.
Djaya

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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Mer 8 Avr - 23:27

Bon, c'est pas joli...
Je parle pas de ses jambes. Non, elles, elles sont parfaites...
Non, je parle de la blessure.
Ca coule, il ya des morceaux d'étoffe collés sur les bords.
Et c'est profond.

Mais comment a-t-elle pu faire toutes ces lieues ainsi ?
Je lui verse un gobelet d'eau que je lui tend, tire sur le drap avant de m'agenouiller à ses pieds.
Le reste du pichet remplit la bassine.
Je déchire le drap.

Tremper le chiffon.
Nettoyer.
Tremper.

Et pour lutter contre ce silence brutalement pesant, contre cette respiration soudain rauque, la douleur probablement, je parle.
Je ne réfléchis pas, je ne prend pas de précautions, d'une voix hachée, les yeux sur la blessure, les gestes gourds et mécaniques, je parle.

Tu aurais du me le dire cette blessure elle n'est pas belle je vais la nettoyer faire un bandage avec ce drap pour limiter l'hémorragie mais il te faut quelqu'un de plus compétent une guerisseuse ou un barbier je suis désolé c'est toi qui a pris pour moi attention ca va faire mal là tchtchh presque fini ta jambe tremble ca va eh ca va aller je vais bander ça maintenant écoute c'est peut être pas le moment mais j'ai vu de quoi tu étais capable et on va devoir éviter Lonedonne tous les deux un certain bout de temps alors j'ai pensé enfin j'aimerais tu peux refuser bien sur mais je te propose ça vraiment sincèrement attention là ne bouge pas appuie toi sur mon épaule si tu veux tu peux crier hein, parfois ça soulage j'entends tes dents grincer c'est normal que je serre bref je disais j'aimerais enfin....
Si on s'associait ?

Faire un bout de chemin ensemble ?

On a plutôt bien fonctionné non ?

J'ai une jonque et...enfin... Je...

....

Je relève la tête. Pas le choix. Elle a cessé de respirer.
Je cherche ses yeux.
Répond, s'il te plait. Dis quelque chose.
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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   Jeu 9 Avr - 23:03

Froid, et fatiguée, tellement, tellement fatiguée...
Sa voix comme le fredonnement d'une berceuse, s'il n'y avait pas la douleur vive, par moment, pour me faire serrer les dents, je tomberais endormie, le nez sur le plancher...

Les mots s'emmêlent...
Je ne comprends pas tout de suite...
Il dérive, revient à la blessure puis repart, j'ai du mal à suivre les méandres de ses murmures, mais je me laisse flotter, porter...
Déposer...
Sur un mot plus précis...
Trop hors du contexte pour que je ne sorte pas, moi, de ma torpeur.

S'associer.

Le reste du discours me repasse dans la tête, la façon qu'il a de ne pas insister, de ne pas lever les yeux.
De lever les yeux à présent.
J'ai la tête pendante, lourde, mais je le regardais, et j'ai saisi son expression.
Anxiété.
Trouble.
Doute.
Gêne.
De la peur.
De la tension.
Une supplication masquée.
...

Ses mains sont toujours posées sur ma jambe, et son visage levé, si proche. Et malgré la faible lumière, c'est tellement clair, ce qu'il ressent...
Je ne comprends pas.
Mais j'ai une chair de poule qui me gagne tout le corps, un frisson soudain sous la peau. Signal d'alarme. Trop près, trop près, trop près... Pourtant j'arrive pas à détourner les yeux. Il y a quelque chose qui se noue, là, juste maintenant, et c'est quelque chose qui compte, ce genre de moment-pivot autour desquels tout bascule, tout change, tout part dans une direction inattendue, effrayante... ou excitante aussi. Nouvelle.

Il faut que je respire.
Pas ça, ça c'était un hoquet, respirer j'ai dit.
Mieux.

Et répondre... quoi ?
Quelque chose.
Mais c'est important, il faut que je...
... ne réfléchisse pas.
Surtout pas.

Je... J'y connais rien à la mer.

Voix éraillée, étranglée, rauque.

Il va falloir que tu m'apprennes...

Pire encore.
Maintenant je me tais sinon je me fous à pleurer.
Et j'en sais rien du pourquoi, juste que je ne veux pas que ça arrive.
Point.


Aster Damné, enfin.
Ca fait trois heures que je ne marche plus vraiment. Cramponnée à son épaule, je me traîne vaguement en avant, les yeux dans le flou. Je sais même pas où je suis, c'est lui qui guide, mon bras derrière son cou, le sien enroulé à ma taille. Même pas la force de regarder où on va, je m'en fous, là j'use mes dernières forces, il m'a dit, assuré, on n'y est bientôt, on n'est plus loin, courage, courage... Alors je mets un pied devant l'autre, un pas sur deux je flanche, quand mon poids se porte sur cette colonne de flammes qu'est devenue ma jambe droite, et cette souffrance qui monte jusque dans ma hanche, vers les côtes, et qui me coupe le souffle...
De toute façon pour ce qui reste comme souffle...

Je ne sens même pas tout de suite qu'il y a des pavés sous mes pieds, je réalise à l'odeur. L'odeur de la mer. Et là j'ouvre les yeux et je la vois au bas de la rue en pente, qui ondoie sagement dans la lueur grise de l'aube. Soulagement, immense, bientôt me reposer, dormir, dormir...

Le grincement d'une porte d'auberge, les voix rapides, Six et un autre homme pas très content, tu parles, à cette heure, faut qu'il aime l'argent l'aubergiste, pour nous laisser entrer...

L'escalier... Non... Ca je peux pas.
Je songe à lui dire, j'ouvre la bouche, pas la peine, il sait, le monde bascule, coup de fouet de la douleur dans ma jambe pliée, et le sol disparaît pour moi, remplacé par une épaule sous ma tête, un bras dans mon dos, un autre au creux des genoux, le balancement de son pas, le bruit du bois qui grince, les voix encore, et enfin, enfin, la toile fraîche et râpeuse d'un oreiller, le moelleux d'une couverture, et le poids de mon corps, aboli, oublié, légère, si légère, une plume dans la nuit, qui s'enfuit sur le souffle du silence...
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MessageSujet: Re: L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.   

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L'eau et le feu / Chapitre 3 : Le cambriolage.

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